Vincent Lagaf’ : le grand retour du Bigdil, entre triomphe, fatigue et renaissance

Une fatigue anormale", Vincent Lagaf' est tombé malade à cause des tournages  trop intensifs du "Bigdil" - Public

En janvier dernier, un parfum de nostalgie a soufflé sur le petit écran français. Après plusieurs années d’absence et quelques tentatives avortées de retour, Vincent Lagaf’ a repris les commandes de son jeu culte, Le Bigdil, sur RMC Story. Pour toute une génération, le célèbre animateur aux vannes bien senties et au sourire contagieux incarnait une époque où la télévision se vivait dans la bonne humeur, l’extravagance et le rythme effréné des jeux de prime time. Son retour, présenté comme un événement médiatique, a d’abord créé la surprise et l’enthousiasme. Mais derrière cette renaissance se cache une réalité plus nuancée : un succès en demi-teinte, une pression de production intense et un corps qui rappelle, parfois brutalement, que le temps passe pour tout le monde.


Une relance attendue et applaudie

Lorsque RMC Story a annoncé la relance du Bigdil, produit par Arthur via sa société Ah! Productions, beaucoup ont vu dans ce choix une stratégie audacieuse. Le programme avait marqué l’histoire de TF1 dans les années 1998-2004, en attirant chaque soir des millions de téléspectateurs. Entre les costumes improbables, les vannes de Lagaf’, la complicité avec son extraterrestre Bill, et des épreuves simples mais efficaces, l’émission avait su trouver la recette du divertissement familial.

Le pari du come-back a d’abord payé : les premiers épisodes diffusés cet hiver ont rassemblé près de deux millions de curieux. Un chiffre impressionnant pour une chaîne de la TNT comme RMC Story, peu habituée à de tels scores. Le public, nostalgique, a répondu présent, heureux de retrouver un visage familier et une formule qui semblait avoir traversé le temps sans trop perdre de son éclat.


Des audiences en chute… mais suffisantes

Toutefois, l’effet de curiosité n’a pas duré. Après l’engouement des débuts, les audiences se sont progressivement tassées. Aujourd’hui, l’émission rassemble en moyenne 300 000 téléspectateurs, un chiffre bien loin du carton initial mais qui reste considéré comme satisfaisant pour RMC Story. La chaîne, consciente de son positionnement et de son public, préfère miser sur la régularité et la fidélité d’une base de fans que sur les feux de paille d’un pic éphémère.

Fort de cette relative stabilité, le groupe CMA Média a décidé de prolonger l’aventure en commandant de nouveaux numéros. Et pas qu’un peu : une quarantaine d’émissions supplémentaires ont été tournées cet été, confirmant la confiance accordée à Vincent Lagaf’ et à sa capacité à porter encore ce format emblématique.


Le rythme infernal d’un tournage marathon

Mais derrière le rideau de paillettes et de rires, la réalité de la production s’est révélée beaucoup plus éprouvante que prévu. Car pour honorer cette commande massive, Vincent Lagaf’ a dû enchaîner les tournages à un rythme qui ne lui était plus familier depuis longtemps.

« Quand on a fini de tourner le 27 juillet, je me suis écroulé le 28. J’avais une fatigue anormale », a-t-il confié récemment à Télé-Loisirs. L’animateur a souffert d’une asthénie brutale, un épuisement physique et nerveux qui l’a contraint à ralentir et à consulter en urgence. Les médecins ont été clairs : Lagaf’ avait trop tiré sur la corde.

Cet aveu de faiblesse, inhabituel pour un homme qui s’est toujours présenté comme un showman infatigable, illustre le choc entre l’énergie qu’exige la télévision et les limites physiques d’un animateur désormais sexagénaire.

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Un animateur qui n’a plus 40 ans

« On s’est rendu compte que j’avais trop tiré sur la bécane. J’ai mis tout le mois d’août à récupérer, à remonter la pente et à y aller tranquille », a-t-il expliqué. Une confession sincère, presque tendre, de la part d’un homme qui a bâti sa carrière sur son dynamisme, ses cascades et son sens du spectacle.

Il faut dire que les temps ont changé. Quand il a débuté L’or à l’appel, Lagaf’ n’avait que 37 ans. Lorsqu’il a lancé Le Bigdil en 1998, il en avait 40. À l’époque, rien ne semblait l’arrêter. Aujourd’hui, alors qu’il s’apprête à fêter ses 66 ans, il reconnaît que son corps lui impose des limites nouvelles. Les longues journées de tournage, les enregistrements en série, les déplacements et la pression d’un plateau ne se vivent plus avec la même aisance qu’à la quarantaine.


Un parcours marqué par les hauts et les bas

Ce retour médiatique est d’autant plus marquant que Vincent Lagaf’ avait connu une traversée du désert. Après l’échec de Strike sur C8 en 2018, il s’était fait discret, préférant se consacrer à ses passions pour la mécanique et les sports extrêmes. On le voyait davantage sur un jet-ski ou une moto que sur un plateau télé. Beaucoup pensaient qu’il avait définitivement tourné la page.

C’est ce qui rend sa renaissance d’autant plus symbolique : voir un animateur iconique reprendre son rôle culte après tant d’années est un petit miracle de télévision. Le public, même s’il n’est pas aussi nombreux qu’auparavant, retrouve avec plaisir ce visage qui a marqué ses soirées de jeunesse.


Un équilibre à trouver

Reste une question essentielle : Vincent Lagaf’ pourra-t-il tenir la cadence ? Si le public est encore au rendez-vous, même modestement, et si la chaîne croit en lui, l’animateur devra désormais trouver un équilibre entre le plaisir de rejouer son rôle culte et la préservation de sa santé.

À 65 ans, le défi n’est plus seulement de séduire les téléspectateurs mais aussi de préserver son énergie. Lagaf’, qui n’a jamais cessé d’aimer le contact avec le public, pourrait être tenté de donner plus qu’il ne peut raisonnablement offrir. Son expérience récente lui rappelle que le corps a ses limites, même pour un homme habitué aux cascades et aux défis.


Un symbole générationnel

Au-delà de sa personne, le retour du Bigdil raconte quelque chose de plus large sur notre époque. La télévision, confrontée à la concurrence des plateformes de streaming et aux changements d’habitudes de consommation, se tourne de plus en plus vers la nostalgie. Ressusciter des formats cultes, miser sur des visages connus, jouer la carte du « c’était mieux avant » est une stratégie pour rassembler des générations qui cherchent un repère familier dans le flot de contenus.

Lagaf’, en reprenant son rôle, incarne ce pont entre hier et aujourd’hui. Même si les audiences ne sont plus celles d’antan, il demeure un symbole : celui d’une télévision joyeuse, un peu déjantée, où l’on venait avant tout pour s’amuser.

Télévision - Vincent Lagaf hospitalisé après un accident - lematin.ch


Et maintenant ?

L’avenir du Bigdil sur RMC Story reste ouvert. La quarantaine de nouveaux numéros tournée cet été assurera plusieurs mois de diffusion. Le public suivra-t-il ? La chaîne continuera-t-elle à investir dans ce programme ? Et surtout, Vincent Lagaf’ trouvera-t-il le juste tempo pour concilier passion et santé ?

Quoi qu’il en soit, son retour est déjà un petit événement en soi. Voir à nouveau Lagaf’ distribuer des vannes, plaisanter avec ses candidats et réinventer son univers décalé prouve qu’il n’a rien perdu de sa verve. Mais désormais, il doit apprendre à conjuguer cette énergie avec la sagesse de l’âge.


En somme, le retour de Vincent Lagaf’ et du Bigdil est une histoire de résilience, de nostalgie et d’équilibre. Entre le plaisir de retrouver son public et la nécessité de ménager sa santé, l’animateur emblématique écrit un nouveau chapitre de sa carrière. Et si ses audiences ne sont pas au niveau de son âge d’or, elles suffisent à rappeler qu’il reste, encore aujourd’hui, l’un des visages les plus attachants et marquants du paysage audiovisuel français.