La blessure d’enfance : Kendji Girac révèle la perte déchirante de sa nièce, un traumatisme fondateur

Kendji Girac a toujours incarné la joie de vivre, l’énergie entraînante des mélodies gitanes et le succès lumineux. Pourtant, derrière les refrains entraînants et les plateaux de télévision, l’artiste cache des fêlures profondes, des confrontations précoces et violentes avec la fatalité. Dans son livre autobiographique, Mi Vida (Ma Vie), paru ce mercredi 1ᵉʳ octobre 2025 aux éditions Flammarion, le chanteur se livre sans filtre, abordant non seulement l’accident récent qui a failli lui coûter la vie, mais surtout le drame initial qui l’a confronté, enfant, à la cruauté implacable de la mort.

Ce drame, c’est la perte de sa nièce, la fille de sa sœur Sophie, partie à l’âge de seulement un an. Une épreuve survenue alors que Kendji n’était qu’un garçon de neuf ou dix ans. En partageant ce souvenir intime et douloureux, l’artiste jette une lumière crue sur la source de sa résilience et la complexité des épreuves qu’il a dû traverser pour devenir l’homme et l’artiste qu’il est aujourd’hui. Il révèle comment le poids d’un « tout petit cercueil blanc » a marqué son adolescence et sa vie d’adulte.

Tonton à 10 ans : L’innocence face à la fragilité

L’histoire commence avec une naissance teintée d’inquiétude. Kendji Girac raconte que son statut de jeune « tonton » est arrivé très tôt, mais la joie fut de courte durée. Sa nièce est née prématurément, confrontée dès ses premiers instants à de « grandes difficultés à respirer ». La fragilité du bébé nécessitait des soins constants, l’obligeant à rester dans un centre médical dédié aux enfants malades durant les mois qui ont suivi sa naissance.

Pour le jeune Kendji, le contact avec ce centre spécialisé et les visites hebdomadaires en compagnie de sa mère étaient des rituels chargés d’une affection naïve. Il exprime son bonheur d’être un « si jeune tonton » et son impatience de la choyer et de lui « apprendre plein de choses ». Cette innocence est le miroir de son incapacité à mesurer « bien ses problèmes de santé et ce qu’elle devait endurer pour survivre ». La réalité des épreuves que traversait le bébé restait hors de portée de la compréhension d’un enfant. Ce décalage entre l’espoir et la réalité rend la chute d’autant plus brutale.

Le silence épais comme un brouillard : La veillée et la douleur impossible

Malheureusement, le combat de la petite nièce s’est terminé de manière abrupte. Après un an de lutte acharnée, « elle a fini par mourir », écrit Kendji Girac, soulignant la violence de cette disparition : « La vie s’est arrachée d’un coup ». Pour le jeune garçon, cet événement fut un choc d’une intensité rare, le confrontant sans filtre à la mortalité et à la souffrance de ses proches.

L’artiste se souvient avec une précision douloureuse des moments qui ont suivi le décès, des rituels de deuil propres à sa communauté qui ont entouré la perte. Il évoque notamment la veillée organisée en hommage au bébé, un moment de recueillement et de douleur partagée.

Kendji Girac décrit l’atmosphère qui régnait autour de la caravane, rendant palpable le silence qui succède à l’irréparable : un « silence épais comme un brouillard » qui enveloppait la peine. Un silence brisé par les « cris des mamàs qui parfois fendaient l’air », expression de la douleur viscérale et collective qui traverse les familles face à la perte d’un enfant. La douleur de sa mère, les « pleurs » qui déchiraient l’air, et surtout la « douleur impossible de ma sœur », la mère du bébé, sont gravées dans sa mémoire, faisant de cet épisode un souvenir familial d’une cruauté fondatrice.

L’image obsédante : Le cercueil blanc comme sceau du deuil

Au fil des années, le temps n’a pas érodé l’image la plus traumatisante de cette période. Kendji Girac confie que ce qui le hante le plus est le souvenir du « visage endormi » de sa nièce, et l’ultime vision de sa « dernière tenue dans son tout petit cercueil blanc ». Cette image, symbolique de la pureté et de la petitesse de l’enfant, est devenue le sceau de son deuil et de son initiation précoce à la fragilité de l’existence.

Cette confrontation avec la mort, vécue à l’âge où l’insouciance devrait dominer, a sans doute forgé une part de la résilience de Kendji Girac. Elle éclaire d’un jour nouveau son parcours, y compris le drame plus récent de l’accident qui l’a fait frôler la mort.

De la survie à la détermination : La Mi Vida après le drame

Le choix de l’artiste d’évoquer cette perte dans Mi Vida n’est pas anodin. L’autobiographie, qui fait suite à l’incident dramatique de l’année précédente où Kendji s’est tiré accidentellement dessus sous les yeux de sa compagne Soraya, agit comme un témoignage de survie et de détermination.

En reliant cette récente tragédie à la blessure d’enfance, Kendji Girac invite le public à comprendre que la vie n’a jamais été pour lui un long fleuve tranquille. La mort a frappé très tôt, laissant une marque indélébile. Cependant, loin de se laisser consumer par la fatalité, l’artiste revient sur le devant de la scène avec une nouvelle énergie, multipliant les interviews et les projets musicaux.

En révélant la douleur impossible de sa jeunesse, Kendji Girac ne cherche pas la pitié, mais la compréhension. Il dévoile la complexité de son existence, où le succès est le fruit d’une volonté de se relever sans cesse. La petite nièce, partie trop tôt, est devenue, à travers ses souvenirs, une part de cette Mi Vida, un rappel constant que chaque moment compte. Son livre est un hommage à la force de l’amour familial et à la capacité de l’âme humaine à trouver la lumière, même après avoir regardé au fond du plus petit des cercueils blancs.